Marseille a beaucoup souffert de la crise industrielle et portuaire : les grandes usines ont fermé les unes après les autres, laissant derrière elles un taux chômage élevé largement supérieur à la moyenne nationale. Les activités industrielles et commerciales sont à bout de souffle, malgré les mesures de relance classiques : politique d’attractivité de grandes entreprises, transformation de la Joliette en quartier d’affaires, etc. Les centaines de bureaux et locaux vides attestent de cet échec. Il est essentiel d’engager un nouveau modèle économique porté par la transition écologique pour déployer un tissu économique local vivant, dynamique, et créateur de milliers d’emplois non délocalisables.

Marseille peut devenir une ville pionnière pour la transition écologique dans l’arc méditerranéen : des énergies renouvelables à la rénovation des bâtiments en passant par les filières relocalisées, l’économie circulaire, le tourisme durable ou les technologies vertes. La dynamique de ces filières permettra de créer tous types d’emplois (peu qualifiés, très qualifiés…).

 

Création de nouvelles filières d’emplois non délocalisables, et adaptées au contexte local

 

6#1 Soutien à la relocalisation écologique

La relocalisation sur le territoire des activités économiques est l’unique solution pour éviter le désastre qui s’annonce : accroissement des inégalités, chômage massif, disparition des ressources naturelles, accumulation des déchets, destruction de notre environnement. Il ne s’agit pas simplement de faire revenir des entreprises qui avaient délocalisé leur activité à l’étranger. Il s’agit de repenser au niveau local la façon de produire, l’approvisionnement ou encore l’organisation de la propriété pour faire émerger un nouveau modèle de production. Nous soutenons une relocalisation écologique qui permettra de : concevoir et produire de manière réellement durable ; de mobiliser nos savoirs et connaissances vers une économie sobre ; de rechercher l’équilibre entre performance et humanité ; et de relocaliser sans perdre les effets d’échelle.

 

6#2 Expérimenter le Revenu de Transition Écologique (RTE)

Nous mettrons en place le RTE, complément de revenu qui sera versé aux personnes en reconversion dans des activités favorisant la transition écologique et sociale (agroécologie, habitat écologique, énergies renouvelables, finance durable, tourisme durable, écomobilité, recyclerie). Ce revenu est en cours d’expérimentation sur 4 territoires français, notamment à Grande Synthe.

 

6#3 Appui à la structuration des filières agricoles biologiques et locales

L’accompagnement des filières agricoles locales (privilégiant une agriculture biologique sans intrant toxique et non dépendante du pétrole) constitue une mesure clé de la relocalisation. Avec un bassin de consommation de plus de 860 000 habitant·es, Marseille est au coeur de 28 terroirs de production agricole d’une grande diversité. Dans les faits, nous importons la quasi-totalité des aliments que nous consommons, et exportons hors région 90 % de la production agricole des Bouches du Rhône, alors que nous pourrions consommer localement ce que nous produisons dans nos terroirs d’exception.

La protection foncière des terres (voir mesure 5#19) est indispensable à la pérennisation de l’activité agricole. Elle doit s’accompagner d’une valorisation économique de la filière par la création de débouchés pérennes. La Municipalité, en coordination avec la Métropole, accompagnera et portera la création de filières alimentaires locales, avec concrètement :

achat de terres (par des fonds publics, privés ou mixtes) afin d’en favoriser l’accès aux agriculteurs (location peu onéreuse via des baux ruraux à clauses environnementales – BRCE)

un programme de valorisation économique des produits agricoles issus du terroir marseillais : approvisionnement de la restauration collective, marque de territoire à destination des citoyens-consommateurs, création de magasins de producteurs et éducation des consommateurs à l’alimentation durable.

Ce dispositif d’accompagnement de filières paysannes porte par exemple déjà ses fruits à Rennes, avec le « Programme eau en saveurs ».

 

6#4 Créer un écosystème pour le réemploi 

Actuellement 25% des déchets ménagers sont des objets qui pourraient potentiellement être réemployés. Il est possible d’implanter une structure de réemploi solidaire sur un bassin de 25 000 habitant·es. Dans un souci de durabilité des objets et de réduction des déchets, nous appuierons le développement de ressourceries et recycleries, ateliers de réparation collaboratifs qui permettent de donner une seconde vie à ces objets. Créatrices d’emplois, ces recycleries seront créées dans le cadre de l’économie sociale et solidaire, avec appels à projet et objectif de réinsertion sociale.

 

6#5 Développer des filières locales d’approvisionnement en matériaux biosourcés.

Nous appuierons la création de filières d‘éco-matériaux issus de l’activité agricole (paille, terre, chanvre, bois par exemple) pour isoler les bâtiments (logements, bâtiments de bureaux, écoles). Des emplois seraient créés sur l’ensemble de la chaîne :  des champs jusqu’aux artisans du bâtiment, en passant par des ateliers de transformation. Exemple des bottes de paille : les bottes de pailles sont des produits de la récolte des céréales. Elles constituent un matériau de construction très isolant, résistant et respirant. Matière première écologique et renouvelable par excellence, elles sont une alternative crédible aux matériaux semi-industrialisés ou industrialisés et permettent de valoriser des ressources locales abondantes. Le saviez-vous ? en langue d’Oc, la canebière signifie « plantation de chanvre ».

 

6#6 Développer la filière vélo

La filière vélo (production, réparation, entretien, partage) est créatrice d’emplois de proximité non délocalisables. A titre de comparaison, alors que la production automobile requiert 2,5 emplois pour un chiffre d’affaires d’un million d’euros, la filière cycliste crée 10 emplois pour le même chiffre d’affaire. Cette intensité de l’emploi ne connaît aucun équivalent dans les autres modes de transport. Faire de Marseille une ville cycliste (avec aménagements cyclables protégés et sécurisés, stationnements nombreux, lieux de réparation, création de Maisons du Vélo) représente donc non seulement un enjeu de mobilité, mais aussi un enjeu économique, et bien évidemment écologique (diminution de la pollution).

 

6#7 Développement de l’économie circulaire

L’économie circulaire invite à passer d’une logique de concurrence entre les territoires à une logique de coopération à l’intérieur du territoire. Elle a pour objectif de produire des biens de manière plus durable, en limitant la consommation et le gaspillage de ressources (matières premières, eau, énergie) et la production de déchets. Ainsi les déchets ou objets inutiles des uns seront utilisés comme matières premières ou ressources pour d’autres.

Exemple de filière circulaire : la création de flottes coopératives de véhicules à partir d’anciennes voitures pour les trajets urbains. Les moteurs diesel seront remplacés par des batteries électriques (comme le fait déjà l’entreprise Carwatt avec les utilitaires). Les avant-trains seront réutilisés pour fabriquer des véhicules plus légers, etc. Les arrière-trains pourront être transformés en remorque, les pare brises en serres maraîchères, ou encore les sièges de voiture utilisés pour aménager des salles de cinéma.

 

Former les nouvelles générations aux métiers de demain 

En matière d’emplois, nous devons agir à l’échelle des filières entières et accompagner la nécessaire mutation des emplois des filières carbonées (filières émettrices de gaz à effet de serre, qui provoquent le réchauffement climatique) : de la pétrochimie à l’agriculture intensive, en passant par la filière béton de la construction ou les filières indirectement carbonées comme le tourisme. Cette prévision de long terme des filières d’emplois doit être anticipée et accompagnée, pour éviter les blocages de projets de transition au nom de la préservation de l’emploi. Nous serons confrontés à un effort majeur de formation continue et de détection des compétences et savoir-faire qui peuvent être transposés d’une filière historique à une filière décarbonée.   

   

6#8 Créer une Cité de la transition écologique

Nous créerons une école qui proposera des formations professionnelles aux métiers de la transition écologique. Cette Cité donnera aux Marseillais·es de tous âges la capacité de travailler au sein d’un écosystème complet qui contribuera à combler un manque de main d’oeuvre pour 60 000 emplois qualifiés. La cité formera par exemple aux métiers de la rénovation énergétique (étanchéité et isolation) : artisans certifiés RGE (reconnu garant de l’environnement), techniciens-conseillers en rénovation énergétique, etc. La Cité sera un carrefour permettant des échanges permanents entre étudiant·es et professionnel·les de l’agriculture, de l’architecture, des transports et de tous les secteurs de pointe à Marseille.

 

6#9 Expérimenter le dispositif “Zéro chômeur de longue durée”

A Marseille, plus d’un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 1 015€ par mois. Nous refusons de laisser autant de Marseillais·es vivre dans des conditions si précaires, et de nous en remettre aux politiques nationales de redistribution. Nous proposons d’agir au niveau local et d’expérimenter le dispositif « Zéro chômeur de longue durée » (loi 2016). Ce dispositif permet de créer des Entreprises à But d’Emploi (EBE) en mobilisant les compétences des chômeur·euses de longue durée. Ces entreprises sont financées par un abondement de l’Etat prévu par la loi, en remplacement des prestations sociales (allocations chômage, RSA, ASS). Les premiers résultats de ce dispositif testé sur une dizaine de territoires français sont prometteurs.

 

6#10 Soutenir l’économie sociale et solidaire

L’économie sociale et solidaire regroupe les structures qui reposent sur des valeurs de coopération, de respect de l’environnement et de partage. Nous repenserons la logique de versement de subventions ou de partenariat avec les entreprises pour rediriger les ressources vers les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Nous encouragerons le développement de ces structures en mettant à disposition des associations, SCOP, structures d’insertion, mutuelles coopératives… des locaux et bureaux à faible loyer.

 

Pour une réappropriation citoyenne de l’internet et du numérique

 

6#11 Débat public sur la présence d’infrastructures mondiales de l’Internet à Marseille

99% du trafic Internet transite par les câbles sous-marins de télécommunications, dont 14 passent aujourd’hui par Marseille, nouveau nœud de la toile mondiale. Cette situation stratégique attire depuis quelques années des investissements industriels de premier plan, avec l’implantation de 20 000 m2 de data centers par l’entreprise hollandaise Interxion. 130 opérateurs internationaux de télécommunications sont également arrivés à Marseille, aux côtés des GAFA qui y installent leurs data centers pour l’Europe. Si ces infrastructures n’ont pas de retombées significatives en matière d’emploi, elles jouent un rôle névralgique dans la mondialisation financière (il y transite chaque jour plus de 10 000 dollars de transaction) et dans la chaîne de valeur de l’Internet (stockage et transmission de contenus vidéos qui représente 75% du trafic). 

Les enjeux économiques et écologiques de ces infrastructures doivent impérativement être mis dans le débat public et inclure tous les acteurs locaux, publics comme privés. Cette consultation aura pour objectif d’évaluer les retombées économiques et fiscales des câbles sous-marins et des data centers. Plusieurs secteurs pourraient en effet bénéficier indirectement de la proximité de ces infrastructures, comme le secteur audio-visuel, actuellement en plein essor à Marseille.  Nous réaliserons également une étude sur les impacts des enjeux écologiques de ces activités, qui ont besoin de grandes puissances électriques, ce qui pourrait affecter les équilibres énergétiques sur le territoire. 

Nous organiserons un forum mondial sur les infrastructures de l’Internet, afin de travailler à un cadre juridique international pour une gouvernance de l’Internet qui soit plus solidaire avec les pays du Sud, plus protectrice des données personnelles, et plus respectueuse des biens communs, mais aussi pour anticiper et réguler les conséquences écologiques de l’expansion grandissante des activités numériques.

 

6#12 Création d’un réseau associatif d’accès à Internet autogéré par les utilisateur·trices

Nous favoriserons la création d’un réseau sans fil d’accès à Internet, auto-organisé et géré par les utilisateur·trices et des associations locales, sur le modèle du projet barcelonais Guifi.net et dans l’esprit du projet européen https://netcommons.eu/. Ce dispositif sera accessible aux individus, aux entreprises et aux administrations qui souhaitent se connecter à un réseau ouvert et performant, directement relié au point d’interconnexion MA-IX et à ses 14 câbles sous-marins. Ce réseau contribuera à réduire la fracture numérique à Marseille en proposant à ses membres un accès Internet à tarif réduit et à haut-débit, que ne proposent pas les opérateurs traditionnels.

Soutenu par la municipalité, ce projet permettra également aux Marseillais·es de disposer d’un accès public gratuit à Internet sur l’ensemble du territoire. La construction des couches physiques et logicielles du réseau sera confiée à des entreprises locales impliquées dans la promotion du logiciel libre et du low tech. Les associations constitutives de ce réseau seront chargées de co-construire avec la Mairie et la Métropole une politique de formation intergénérationnelle aux outils numériques et de mener des campagnes de sensibilisation aux grands enjeux du numérique (données personnelles, dépenses énergétiques, addictions aux réseaux sociaux, harcèlement en ligne, etc.)

 

6#13 Créer de l’emploi par le lancement de projets d’énergies renouvelables

Selon l’ADEME, l’emploi sur le marché des énergies renouvelables a progressé en France de 39% en 10 ans. Le développement des énergies renouvelables représente une formidable source de création d’emplois durables et non délocalisables (innovation, études, installation, maintenance). Nous déploierons un plan de développement de projets d’énergies renouvelables à Marseille et dans la Métropole : diagnostic complet du potentiel du territoire en énergies renouvelables (photovoltaïque en toiture et sur les parkings, éoliens en mer flottant, petites installations hydroélectriques, méthanisation) ; incitations à l’installation de dispositifs de production d’énergies renouvelables pour tout nouveau projet de construction ; soutien à toute création de coopératives citoyennes de production de ces énergies (voir points 5#28 à 5#31).

 

La commande publique de la Ville et de la Métropole, des leviers majeurs pour les petites entreprises

 

La commande publique correspond aux achats de biens, de services et de travaux effectués par les administrations et les entreprises publiques. Pour répondre à leurs besoins, les administrations et les entreprises publiques recourent à deux types de contrats de la commande publique : les marchés publics et les contrats de concession. Or ces contrats sont trop souvent l’apanage des grandes entreprises. L’accès des PME (Petites et Moyennes Entreprises) – TPE (Très Petites Entreprises) innovantes à la commande publique reste complexe, pour de nombreuses raisons : manque d’attractivité du secteur public (perçu comme complexe), taille conséquente du marché, emploi de clauses contractuelles standard (parfois inadaptées à des petits opérateurs et donc dissuasives) etc.

Cette situation est doublement regrettable : elle nuit à l’innovation puisque les entreprises ne sont pas incitées à développer des solutions innovantes et elle nuit à la qualité de nos services publics puisqu’elle prive leurs usagers des bénéfices que représentent ces produits et services innovants. Les contrats de la commande publique mobilisent une part importante de l’argent public, les contribuables s’attendent à ce qu’ils soient gérés avec efficience et dans le respect des exigences les plus strictes, afin de garantir une qualité de service irréprochable et de préserver l’intérêt général.

 

6#14 Organiser des groupes de travail rassemblant fédérations professionnelles et acheteurs

Nous organiserons des groupes de travail avec les fédérations professionnelles afin d’identifier les freins à l’accès des PME-TPE à la commande publique, de favoriser l’anticipation et la concertation. Ces sessions permettront aux acheteurs publics d’adapter leurs consultations afin de les rendre réellement accessibles aux PME-TPE, et d’accompagner les opérateurs économiques pour une meilleure compréhension des potentialités offertes par la commande publique.

 

6#15 Faciliter l’accès des petites entreprises aux appels d’offre publics

Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour faciliter l’accès des PME-TPE à la commande publique, notamment :   

– le dimensionnement des lots : nous éviterons autant que possible les gros marchés en augmentant le nombre de lots. Plus les lots sont d’importance, moins une PME n’a la capacité financière de candidater ;
– des procédures adaptées : nous aurons recours à des procédures simplifiées pour les « petits lots » ;
– l’allongement des délais, permis par une meilleure anticipation des besoins par l’acheteur : une meilleure anticipation des procédures, par exemple dans le cadre d’une programmation annuelle ou pluriannuelle des achats, devrait permettre d’allonger progressivement les délais de réponse afin de stimuler la concurrence, de consolider la qualité des offres, pour ainsi améliorer l’attractivité de la commande publique.
– l’augmentation des avances : nous augmenterons les avances versées par la collectivité aux PME titulaires de marchés publics ; nous baisserons la retenue de la garantie pour une rémunération plus rapide de leurs prestations et ainsi diminuer leurs besoins de trésorerie.

 

Faire de Marseille un acteur exemplaire de la transition écologique

 

6#16 Combattre les paradis fiscaux

Comme le font déjà plusieurs régions françaises, la Ville ne s’endettera plus auprès de banques ayant des activités directes ou indirectes dans les paradis fiscaux (cf. BNP Paribas, BPCE, Crédit Agricole, Crédit Mutuel-CIC et Société Générale – rapport OXFAM).

 

6#17 Faire de la ville un employeur exemplaire

Réouverture des négociations autour de 4 axes : la résorption de la précarité des emplois dans l’ensemble des services publics locaux, la réduction des horaires atypiques de travail dans les services municipaux (notamment pour le personnel de ménage), le développement de la formation du personnel (en premier lieu pour les agents de police) et les conditions de travail et de rémunération des travailleurs sociaux (CCAS).

 

6#18 Des critères écoresponsables dans la commande publique 

La commande publique locale se dotera d’objectifs transparents, s’appuiera sur les compétences du territoire et portera une forte ambition environnementale.